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La salle basse du XIIIe siècle dans l’abbaye

Par Simon Levacher

La salle basse de l’abbaye était exceptionnellement ouverte au public lors des Journées européennes du Patrimoine les 19 et 20 septembre 2026. C’est l’occasion de redécouvrir cet élément architectural de l’abbaye de Fécamp.

Vue générale de la salle basse de l’abbaye (photo S. Levacher)

La salle mesure 14 mètres de long, 6,5 mètres de large et 5 mètres de hauteur. A l’origine, la salle basse avait une fonction essentiellement technique et architecturale. Ce n’est ni une chapelle, ni une crypte, puisqu’aucune inhumation n’y a été découverte.

Malgré cette vocation avant tout structurelle et son style très dépouillé, la salle a tout de même été ornée de peintures murales à une date indéterminée. Elles se trouvent sur l’un des voûtains de la deuxième travée de la salle. On y distingue précisément le visage d’un homme, réalisé dans un style gothique. Ce décor peint est décelable sous le crépi qui recouvre actuellement la voûte. Ces peintures constituent un élément singulier, car l’architecture de la salle basse se caractérise par ailleurs par une très grande simplicité et des murs qui ne comportent aucun décor sculpté monumental.

Traces de peinture dans la salle basse (photo S. Levacher)

L’évolution de la salle basse au fil des siècles s’articule autour de trois grandes étapes de transformation architecturale et fonctionnelle.

La salle est édifiée au XIIIᵉ siècle pour servir de soubassement à la Chapelle de la Vierge. À cette époque, le sol d’origine se situe environ deux mètres plus bas que le sol actuel. L’accès ne se fait pas depuis l’intérieur de l’église, mais très probablement depuis l’extérieur, par les fossés de l’enceinte.

Plusieurs remaniements sont effectuées à la fin du XVᵉ siècle par l’architecte rouennais Jacques Le Roux. Les bouleversements des terrains des fossés entraînent l’abandon de l’accès extérieur. Un accès intérieur est créé depuis la chapelle Saint-Pierre.

Accès à la salle basse par la chapelle Saint-Pierre (photo S. Levacher)

La taille des fenêtres est réduite, notamment la partie inférieure qui est condamnée et un linteau est inséré en partie haute. Ces travaux sont attribués à l’architecte Jacques Le Roux lors de la reconstruction de la Chapelle de la Vierge et la réfection de la salle basse.

En 1682, le sol de la salle est fortement surhaussé de près de deux mètres pour s’adapter au niveau des terrains extérieurs et permettre l’aménagement du chartrier de l’abbaye. Pour rejoindre ce nouveau niveau depuis la chapelle Saint-Pierre, le palier d’escalier et les marches actuelles sont installées.

Les escaliers dans la salle basse (photo S. Levacher)

D’après les procès-verbaux et comptes rendus des fouilles conservés dans les archives de l’association, la salle basse, que l’on pensait être une crypte, a été localisée et atteinte au niveau de sa voûte, mais elle n’a pas été entièrement dégagée ni vidée de ses remblais lors des campagnes menées par la société savante.

À la suite du témoignage manuscrit de Dom Terray (moine bénédictin de 1700) mentionnant une crypte comblée sous le sanctuaire, le président Jérôme Malandain entreprend une campagne de sondages en juillet 1925 avec l’accord des Beaux-Arts. En effectuant des perçements sous le chœur, les ouvriers rencontrent à 1,40 m de profondeur une maçonnerie de tuf et la voûte en berceau attribuable à cette crypte. Les sondages confirment que la salle basse est intégralement remplie de remblais et de gravois accumulés lors des transformations successives de l’abbatiale.

Bien que les sondages aient prouvé l’existence physique des substructures sous les dalles, le chantier s’interrompt en raison de réserves émise par André-Paul Leroux quant aux méthodes employées et aux autorisations. Les résultats et analyses architecturales de cette découverte font néanmoins l’objet de deux communications publiées par Jérôme Malandain et Philippe Lauer dans le bulletin de l’association (exercice 1928, paru en 1930).

En octobre 1933, de nouvelles recherches prospectives menées par M. de Lambertye (à l’aide d’une baguette de sourcier !) permettent d’analyser le tracé souterrain. Présentée par André-Paul Leroux et appuyée par les trouvailles d’archives de Daniel Banse, cette étude permet de dresser le plan de la salle enfouie sous le chœur et la chapelle de la Vierge, sans pour autant procéder à son excavation complète.

M. de Lambertye qui a participé à la prospection dans l’abbaye avec sa baguette de sourcier. Une autre époque ! (Source : Archives du Vieux-Fécamp)

Sources et bibliographie

  • Archives du Vieux-Fécamp
  • David Bellamy et Françoise Pouge, L’abbatiale de la Trinité de Fécamp, Charles Corlet Éditions, 1992.
  • Katrin Brockhaus, L’abbatiale de la Trinité de Fécamp et l’architecture normande au Moyen-Âge, Memoires des Antiquaires de Normandie, tome XLIV, Société des Antiquaires de Normandie, 2009.

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