(Éditorial, Lettre de janvier 2010)
La réussite du Centenaire de l’Association des Amis du Vieux-Fécamp doit beaucoup à toute la série de manifestations menées par Jean-Claude Omont, avec ténacité tout au long de l’année. Ni le Ministre, ni le Député, ni le Maire ne lui ont refusé leurs encouragements. Comment aurais-je pu résister à son amicale demande de me charger de cet éditorial, et il insistait sur le fait que mon grand-père, Marie-Léopold Durand, avait fait partie des premiers membres en 1909, suivi depuis par quatre générations successives.
Le Compte-rendu du Centenaire étant présenté par ailleurs, et les Vœux aussi, que dire encore ? J’ai envie d’évoquer les cinq anciens présidents que j’ai connus.
Jérôme Malandain — à la silhouette bien connue, car il ne cessa jamais de porter le chapeau-melon. En 1959-1960, il venait souvent voir en fin de soirée la progression du chantier des fouilles entreprises à l’Abbatiale, dans le côté nord du déambulatoire, pour mettre au jour les fondations du chœur, avec l’espoir d’y découvrir une fenêtre pouvant prouver l’existence d’une crypte. Jean Lemaître avait constitué une petite équipe de jeunes piochant et creusant. Au bout de quelques mois, la tranchée était profonde et le tas de déblais imposant. Mais nous ne savions pas que se préparait la venue à Fécamp du général de Gaulle, auquel l’Abbatiale devait être présentée après le déjeuner prévu à l’hôtel de ville. Si bien que, quelques jours avant, ordre fut donné de faire disparaître toute trace de fouilles. Les services techniques et l’Entreprise Demongé s’en chargèrent illico, avant même que nous l’apprenions. Ainsi resta entier le mystère de la crypte qui, depuis toujours, passionnait Jérôme Malandain.
André-Paul Leroux. J’allais quelquefois chez lui avec mon grand-père dont il était ami. Sa maison du 36, rue Paul-Casimir-Périer (aujourd’hui rue André-Paul-Leroux) était un véritable musée qu’il présentait aimablement. Ma joie fut grande de l’entendre un jour dire à mon grand-père : « Le jeudi, envoyez-moi donc votre petit-fils au musée… ». Alors situé au n°24 de la rue Eugène-Marchand dans l’ancienne demeure du général Robert, cela avait encore la belle allure d’un ancien hôtel particulier, soigneusement entretenu, où je passais de merveilleux moments.
Daniel Banse. Je le voyais au fonds ancien de la Bibliothèque municipale. Il me semblait toujours besogner sans relâche. Parfois, il ouvrait le placard où s’entassaient les anciens registres paroissiaux et prenait le temps de m’en montrer tout l’intérêt : c’est peut-être là qu’est né mon goût pour la généalogie ? Il m’arrivait aussi de consulter Tacite, Virgile et autres auteurs dont les œuvres étaient présentées, textes latin et français en vis-à-vis, ce qui rendait service pour les versions latines !
André-Pierre Le Grand. Il était président lorsque je suis entré au bureau de l’Association en 1959. Les réunions se tenaient alors 32, rue Eugène-Marchand dans la belle maison des Duhamel. Il m’accueillit par d’aimables paroles, soulignant l’attachement pour Fécamp de ma famille qui s’intéressait aux « vieux monuments », et plusieurs fois il insista encore sur les « vieux monuments »… jusqu’à ce qu’on entende Madame Joseph Duhamel s’exclamer : « Avez-vous fini, Monsieur André-Pierre, de me fixer quand vous parlez des vieux monuments ! ». André-Pierre Le Grand aimait plaisanter, certes, mais savait aussi faire profiter des moyens dont il disposait. Ainsi, il donna au « Comité des Fêtes du XIIIe Centenaire de l’Abbaye » toutes les possibilités nécessaires à l’organisation des fêtes splendides de 1958, au point même de faire venir à Fécamp la Garde républicaine à cheval.
Jean Lemaître. Avec lui, alors président du « Comité des Fêtes du XIIIe Centenaire… », j’ai commencé par de nombreuses réunions de travail lorsque, en ma qualité d’imprimeur, j’ai été chargé de mettre en forme tous les textes rassemblés à l’occasion du « XIIIe Centenaire… » pour donner naissance aux quatre tomes de L’Abbaye Bénédictine de Fécamp parus de 1959 à 1963, édition voulue et soutenue par André-Pierre Le Grand qui en avait fourni tous les moyens.
Ces simples petits souvenirs personnels ont surtout l’intérêt d’évoquer des hommes dévoués ayant tant œuvré pour la connaissance des richesses locales ! En prenant un peu de hauteur, il est facile de se rendre compte à quel point le patrimoine peut être le lien entre les hommes, entre les générations : constructions modestes ou grandioses, civiles ou religieuses, organisations urbaines, aménagements de musées, de bibliothèques, d’espaces naturels, de voies terrestres ou fluviales… tout cela n’est-il pas l’occasion — l’Histoire aidant bien entendu — de nous sentir reliés aux hommes connus ou anonymes qui ont constitué pour nous ce bel héritage ; n’est-ce pas une manière de les respecter que d’en prendre soin, en y ajoutant certes ce qui correspond à notre époque ? N’est-ce pas aussi une manière d’accueillir et de respecter les hommes qui viennent et viendront après nous ?
C’est la ligne de conduite de notre Association, inscrite dans sa devise comportant les mots latins :
« Avorum… Nobis… Nepotibus »
pour bien signifier qu’elle est attachée
au Passé… au Présent… et au Futur.
Ce Centenaire aura mieux fait connaître l’Association des Amis du Vieux-Fécamp — qui n’a de vieux que le nom, n’est-ce pas —, et souhaitons que de nouvelles bonnes volontés ne cessent pas de venir la rejoindre pour avancer avec amitié et ardeur dans le deuxième centenaire qui commence.
Jean-Pierre DURAND-CHÉDRU
(Bulletin n°50, 2011)